// January 18th, 2010 // 23 commentaires » // Mon quotidien
Ce matin j’ai arpenté les rues de la ville dans laquelle j’ai passé les 21 premières années de ma vie, et où mes parents vivent toujours. Je souriais bêtement en me rendant chez le médecin, en passant devant les maisons de briques rouges et en repensant aux choses que j’avais vécues ici.

Je me souviens du patin à roulettes ou du foot dans le petit square pas loin de la maison : on faisait attention de ne pas marcher dans les crottes de chien. Notre jeu favori consistait à gratter le béton du mur de l’usine d’à côté : il s’effritait pour ne laisser dans nos mains qu’une fine poussière beige, et on faisait semblant d’être des vendeurs de cocaïne, ou alors d’être des policiers avec des talkie-walkie qui traquaient les trafiquants. Plus tard, les matins pluvieux, je pestais en attendant le bus qui me menait au collège, à une heure presque indécente, quand tout le monde dort encore. Je me souviens du chemin pour aller travailler au supermarché, derrière chez moi, le vendredi après-midi et le samedi. Le centre-aéré, les balles au prisonnier, la bibliothèque pour tous, le cathé, la forêt et sa maison de sorcière, la fête du tabac, les lampions le 14 juillet.
J’ai détesté cette ville, trop loin de tout, où aucune de mes copines ne vivait, où il n’y avait rien à faire. Cette ville dans laquelle le bus ne passait qu’une fois par heure et qu’il ne fallait surtout pas rater. Cette ville où tout le monde se connaît et où il vaut mieux ne pas faire de vague si on ne veut pas être au centre des commérages.
Quand je suis arrivée à Paris, il y a presque 4 ans, j’ai apprécié de ne jamais y croiser de visage connu. De pouvoir louper un métro et d’en voir un autre arriver 3 minutes plus tard. De changer de vie, loin des habitudes, de la routine. J’ai appris à vivre sans jardin, dans des espaces restreints. A courir en permanence, à avoir des horaires pourris.
Aujourd’hui, ma ville me manque. Ce matin, au cabinet médical, tout le monde se disait bonjour. Les gens se parlent, demandent des nouvelles d’un voisin. On peut faire ses courses à pied. On s’en fiche du bus, tout le monde a une voiture (même si ça pollue). L’immobilier n’est pas cher et on peut avoir un grand jardin, au calme. On râle parce qu’on a vu un lapin passer, ou un chat qui gratte les fleurs. Il n’y a presque pas de pigeons. On rigole quand on croise le curé qui fume une cigarette et on hâte que ça soit l’été pour faire des barbecues. On arrive à se projeter et à imaginer qu’un jour, on élèvera ses enfants loin du bruit et de la pollution.
Je ne pense pas que je pourrai revivre ici, j’aurais l’impression de faire un pas en arrière. Mais ce que je sais, c’est que je rêve de quitter Paris et de construire, ailleurs, ce que mes parents ont construit ici. Certainement pas tout de suite, on a encore des choses à vivre, à Paris. Gaëtan se lance dans une grande aventure, en créant son entreprise, et je veux le soutenir. Mais je garde ce doux espoir de départ dans un coin de ma tête, et en attendant, je me ressource ici, dans la ville dans laquelle j’ai grandi…
